
Tissus et boutons.
Actualité sélective, subjective, partielle, irrégulière, parfois postée...par muriel quintard
mobile réalisé à partir des dessins "écartés". pastels, feutres, crayons de couleurs et peinture.
Après de longs mois sans dessiner – grosse fatigue au début de ma grossesse – je me remets avec beaucoup de plaisir à mes crayons… avec un sujet et un format donnés, pour une exposition au profit de la lutte contre le sida, renseignée par Benjamin (http://www.benjaminbozonnet.com/), et organisée par la galerie Yvon Lambert (http://www.yvon-lambert.com/). Si le sujet n'est pas léger, mon retour au dessin, lui l’est ! format 10 x 15 cm, peinture, graphite, crayon de couleur.














A peine sorti de l’œuf le poussin jaune commence à se plaindre. A cinq pas de sa coquille, il rencontre un rouge gorge. Pourquoi as tu du rouge au jabot, toi ? moi je n’en ai pas et j’en voudrais ! s’écrie le poussin de mauvaise humeur.
Un peu plus loin, il aperçoit un merle. Son bec jaune lui fait envie : tu trouves ça juste toi, que mon bec soit tout gris ? Mère Poule n’a pas besoin de chercher comment appeler son poussin, son nom est tout trouvé : Jamais Content.
Jamais Content a grandi. Il est devenu un poulet magnifique. Ce qui ne l’empêche pas d’envier tout le monde : la pintade et le pigeon, le dindon et le geai. Ils ont tous plusieurs couleurs et moi je n’ai que du roux !
La pie essaie de le raisonner : regarde moi ! est-ce que je me plains ? pourtant, je ne suis qu’en noir et blanc ! Non, mais tu as une queue superbe, et longue, et droite ! la mienne n’ est qu’un plumet ridicule ! ce n’est pas juste !
Un jour, sur la rivière, passe une famille de cygnes. Jamais Content est furieux : pourquoi allez vous sur l’eau, vous autres, alors que moi je ne peux pas ? Mais tu es un poulet, voyons ! pour pouvoir nager, il te faudrait des pattes palmées comme les nôtres ! répond courtoisement un cygne. Et qui vous les a donnés, ces pattes ? s’entête Jamais Content. C’est la nature, je crois. La Nature ? et où habite-t-elle ? j’irais bien lui demander des pattes pareilles aux vôtres ! Le cygne réfléchit : je pense qu’il faut remonter la rivière jusqu’à sa source. Alors Jamais Content suit la rive d’un pas décidé.
Quand après un très long voyage, Jamais Content trouve enfin la Nature, ses pattes sont toutes usées. Il me faut des pattes palmées, ordonne Jamais Content, sans embarras ni politesse. Il te faut des pattes, je le vois bien, mais es tu sur de les vouloir palmées ? s’étonne doucement la Nature. Oui, palmées, pour aller sur l’eau. Ah bon ! dit la Nature. Et voilà Jamais Content chaussé de pattes palmées, qui redescend la rivière à la nage. On dirait un Presque Content, ou un Content Pas Pour Longtemps, car…
… Il sort de l’eau pour picorer quelques grains. Comme on marche mal, avec ses pattes ! que c’est fatiguant ! grommelle Jamais Content. Fais comme moi ! prends tes repas dans l’eau ! lui crie un canard de passage. Hélas ! un bec de poulet n’est pas fait pour filtrer l’eau ni pour fouiller la vase ! Jamais Content n’attrape rien et s’impatiente : c’est ce bec qui ne convient pas. Je veux un bec comme celui d’un canard ! Aussitôt, il remonte la rivière jusqu’à la source et retrouve la Nature. Je veux un bec de canard. Le mien ne vaut absolument rien. La nature sourit, moqueuse : un bec de canard ? bien, bien, bien…
En chemin il se régale de larves et de têtards. L’ennui, c’est que ses plumes de poulet se mouillent. Après chaque plongeon, il doit se sécher au soleil… Il aperçoit une loutre. Hé, loutre, comment fais tu, toi, pour rester dans l’eau si longtemps ? Tu n’as donc pas froid ? Mon poil est imperméable, répond la loutre, et ma peau est grasse et dodue. " Pourquoi elle et pas moi ? " se dit Jamais Content. Et le voilà reparti à la source.
Ca ne va pas du tout, du tout ! crie-t-il de loin à la Nature.Ce qu’il me faut, c’est une peau de loutre ! La Nature éclate de rire : une peau de loutre ? En voilà une idée ! Avec ton bec de canard ? et puis quoi encore ? Deux pattes palmées, ce n’est pas suffisant ! j’en veux quatre ! insiste Jamais Content. Mais il me faut aussi cette peau de loutre… C’est un bien curieux animal qui redescend la rivière ! il nage bien, nage vite, et reste dans l’eau tant qu’il veut. Un Jamais Content content, croyez vous cela possible.
Voilà qu’il rencontre un castor. Ca castor nage, tourne et vire avec tant d’élégance que Jamais Content l’envie :
Cent mètres plus bas, un rat creuse son terrier. " Un terrier ! Voilà ce que j’aimerais ! " se dit Jamais Content.
" Oui, mais pour le creuser, il me faut des griffes ! Allons les réclamer ! " Cette fois, la Nature se fâche : Jamais Content, je t’ai assez vu. A peine sors tu d’ici qu’il te faut autre choses ! Tes griffes de rat, les voici ! Mais à présent, file, creuse ton terrier, cache toi dedans et que je ne te revoie plus ici ! Effrayé par la grosse voix, Jamais Content plonge et disparaît.
Il descend la rivière, vite, vite, jusqu’à sa berge natale. Mais personne ne le reconnaît. Chacun rit, se moque et le chasse : " Avez vous vu ce vilain canard ? " " sans plumes et avec quatre pattes ! " " et cette fourrure noire ! " " et cette queue ridicule ! " " et ces griffes de diable ! " " quelle horreur ! va t-en ! va t-en ! "
Jamais Content se sauve et se creuse un terrier, loin, très loin de là. Il s’y cache toute la journée.Il n’en sort qu’à la nuit tombante pour chercher de quoi manger, tout seul, dans la vase noire.
Puis un beau jour, la Nature voit revenir Jamais Content. Du plus loin, elle l’avertit : " je ne veux plu te voir, je croyais te l’avoir dit. Ne me demande pas des plumes de paon, ou une carapace de tortue, je ne changerai plus rien. Tel tu es, tel tu resteras !Jamais Content s’approche timidement et dit d’une voix triste " je veux bien rester comme je suis, mais si vous saviez comme je m’ennuie ! "